Je l'avoue, mes dernières prévisions n'ont pas été très brillantes : j'avais vu un marché baissier pour le mois d'août, il s'est contenté de stagner. Je me consolais avant-hier en buvant des daïquiris-fraise étendu sur mon transat, à deux pas de la somptueuse piscine gonflable que j'ai achetée en liquidant mes positions Eurotunnel. Devant moi s'ébattaient lascivement Priscilla et Isobela, les deux jumelles hongroises que j'ai rencontrées la semaine dernière au "Flamand Rose", la dernière boîte à la mode de Mont-de-Marsan, où je suis descendu comme tous les ans pour prendre mes vacances dans ma résidence secondaire. J'en étais donc là, à ruminer de sombre pensers en observant mes deux petites protégées qui jouaient aux Mille Bornes en attendant que je daigne m'occuper d'elles, tout en cherchant de nouvelles stratégies d'investissement gagnantes, quand une idée m'est venue, lumineuse et évidente : pourquoi ne pas faire confiance à un confrère analyste financier pour m'aider en cette période troublée ? Mais en quel confrère ai-je suffisamment confiance pour partager avec lui mes réflexions ?
Je n'ai pas eu à chercher longtemps dans mon épais carnet d'adresses, qui regroupe le gratin de la finance internationale : j'allais bien sûr consulter M. B., un excellent collègue analyste boursier africain, dont le sérieux, la compétence et la gentillesse sont connus dans tout le milieu. Il m'avait tiré d'affaire lors du krach des technologiques en me confirmant, mi-2002, que le marché était mort, ce qui m'avait permis de solder mes dernières positions sans dépasser les 60% de moins-values. Après des adieux torrides à mes deux petites, je les ai rapidement foutues à la porte non sans auparavant fouiller leurs sacs à dos pour y récupérer ma ménagère en argent et je me suis vaillamment mis en route vers la capitale en me disant "Satanax, le repos du guerrier est fini ! En route vers le combat !". C'est en fredonnant "Occident, en avant !" que j'ai pris le train de nuit, en première couchettes comme il sied à un gourou international de la finance de mon calibre. C'est toujours en fredonnant, mais "La Cavalcade" cette fois-ci, que je suis arrivé le lendemain matin à Austerlitz, où j'ai pris un copieux petit-déjeunes arrosé à la fine champagne, histoire de m'éclaircir les idées. Vers 11 heures, je me suis mis en route vers chez mon excellent ami et confrère après avoir acheté quelques litres de bière et une bouteille de gin afin d'aider ce champion du placement à se concentrer sur le problème qui m'occupe.
Quand Monsieur B. m'a ouvert la porte dans son boubou bleu à paillettes, celui des grands jours, je me suis dit que j'avais de la chance : bien qu'analystes financiers, nous ne somme que des hommes, et c'est toujours une chance de tomber sur un jour de grande concentration spirituelle d'un individu aussi brillant que Monsieur B. Il a eu un premier mouvement de recul, mais, après que j'aie réussi à le convaincre que je n'étais ni du Trésor public, ni de la préfecture de police, il s'est souvenu de moi et m'a invité à rentrer dans son cabinet de travail tout en souriant et en me tapant dans le dos. Après l'avoir aidé à débarasser son bureau des 6 cartons de téléphones portables qui y traînaient (Monsieur B. m'a avoué monter un grand projet de chaîne de cabinets de consultation, et a investi dans des téléphones pour ses employés qui pourront l'interroger en direct en cas de doute), et discuté du prix de son intervention, nous nous sommes mis au boulot. Curieusement, il n'a pas réclamé de pourcentage sur les gains boursiers que je ne manquerai pas de faire grâce à son aide éclairée, mais il s'est contenté de maigres honoraires fixes en liquide. Un homme d'une telle générosité, c'est de plus en plus rare.
Après avoir bu quelques bières tout en devisant du contexte économique, nous nous sommes mis aux choses sérieuses : gin tonic on the rocks et deux ou trois cigarettes qui font rire, tout en se concentrant sur l'esprit du pigeon, qui est l'un des grands totems des marchés boursiers. Monsieur B. a sorti ses cauris, ces petits coquillages divinatoires, pendant que son épouse nous servait un somptueux ragoût de poisson aux épices à réveiller un mort, et il a analysé pour moi la conjoncture. Je passe les détails de la cérémonie, difficilement accessible à qui ne parle pas le Wolof, et je vous livre ses conclusions : le marché a récemment fléchi sous le coup d'une déprime passagère, mais moyennant le paiement d'honoraires supplémentaires, Monsieur B. se chargera de le faire revenir comme un chien battu sur ses plus hauts niveaux annuels. En cas de rechute sévère des marchés, il s'arrangera, pour un coût additionel absolument dérisoire, pour que tous les investisseur de la place reçoivent santé, amour et succès aux examens, et que leur petite soeur trouve enfin l'emploi de leurs rêves au salon de beauté afro de Madame Z. en bas de la rue. Et si ça ne suffit pas, il guérira les maux de crâne par simple imposition des mains, après paiement d'un petit supplément absolument ridicule.
Enfin rassuré sur l'avenir de mes placements, je lui ai repayé un coup, il a rangé les coquillages pour sortir les dés, et on a enchaîné sur un 421 endiablé qui nous a menés jusque tard dans la nuit dans un petit bistrot de la Butte aux Cailles qui fait des rhums arrangés du feu de Dieu. J'avoue que j'ai perdu un peu d'argent aux dés, mais l'information glanée valait l'investissement. Dès que je me suis remis de la tourista que j'ai chopée en me goinfrnt de ragoût de poisson au pili-pili, je me remets à fond sur la bourse.
Que la bourse baisse ou monte, Monsieur B. est formel : les plus-values vont se multiplier tant que je serrerai sur mon coeur le grigri en patte de lapin qu'il a acceptée de me céder pour une misère. Ce sera mon rempart contre la maaaaléééédiiiiictioooooooon !
| Novembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | ||||||||||
|
||||||||||